« Si c’est comparable, ce n’est plus une Bugatti. » Cette phrase d’Ettore Bugatti résonne encore aujourd’hui comme le mantra absolu de la marque. Plus qu’un constructeur automobile, Bugatti est une anomalie dans l’industrie : une famille d’artistes qui s’est mise à fabriquer les machines les plus rapides du monde.
De l’Alsace du début du siècle à l’ère moderne de l’hyper-luxe, retour sur une épopée faite de triomphes, de tragédies et de résurrections inespérées.
1. L’Ère des Artistes (1909-1939) : La naissance du mythe
Tout commence en 1909 à Molsheim, en Alsace. Ettore Bugatti, issu d’une famille d’artistes italiens (son père Carlo créait des meubles, son frère Rembrandt était sculpteur), fonde son usine. Pour lui, une voiture doit être aussi belle à regarder (même le moteur !) qu’efficace sur la route.
La légende se forge sur les circuits avec la Type 35. Lancée en 1924, cette petite voiture bleue à la calandre en fer à cheval va remporter plus de 2 000 victoires en compétition, un record inégalé à ce jour.
Mais Bugatti, c’est aussi la démesure avec la Type 41 Royale (1926). Destinée aux rois et empereurs, elle mesurait plus de 6 mètres de long et son moteur de 12,7 litres était si puissant qu’il finira par propulser des autorails après l’échec commercial de la voiture dû à la Grande Dépression.

2. Le Génie et le Drame : Jean Bugatti
Dans les années 30, le fils d’Ettore, Jean Bugatti, prend de l’importance. Designer de génie, il dessine la Type 57 SC Atlantic, considérée aujourd’hui comme la voiture la plus chère et la plus belle du monde, reconnaissable à son « épine dorsale » rivée.
Mais le destin frappe le 11 août 1939. En essayant la Type 57C « Tank » victorieuse au Mans, Jean se tue sur une route de campagne près de l’usine pour éviter un cycliste. Ettore ne s’en remettra jamais vraiment. La Seconde Guerre mondiale et la mort d’Ettore en 1947 scelleront la fin du premier chapitre. La marque s’endort pour 40 ans.

3. L’Intermède Italien : L’EB110 (1987-1995)
En 1987, l’entrepreneur italien Romano Artioli rachète la marque et construit une usine ultra-moderne (la « Blue Factory ») à Campogalliano, en Italie.
Il lance la Bugatti EB110 (pour les 110 ans d’Ettore). C’est un monstre technologique : châssis carbone (une première pour une voiture de série), 4 roues motrices et un V12 doté de 4 turbos. Michael Schumacher lui-même en achètera une jaune.
Malgré ses qualités, la crise économique des années 90 aura raison de l’aventure italienne. Bugatti fait faillite en 1995.

4. L’Ère Volkswagen : La quête des 400 km/h (1998-2020)
En 1998, le groupe Volkswagen rachète les droits et ramène la production à Molsheim, dans un nouvel « Atelier ». L’objectif est simple : créer la voiture de série la plus rapide, la plus puissante et la plus chère au monde.
- La Veyron 16.4 (2005) : Elle choque le monde. 1001 chevaux, 407 km/h, moteur W16 de 8 litres. C’est le Concorde de la route.
- La Chiron (2016) : Elle pousse le bouchon encore plus loin. 1500 chevaux (puis 1600). En 2019, une version prototype dérivée de la Chiron Super Sport 300+ devient la première voiture à briser la barrière des 490,48 km/h (Retrouvez notre poster Super Sport dédié à la Chiron Pur Sport ici).

5. Le Futur : Bugatti Rimac et la Tourbillon (Depuis 2021)
En 2021, un séisme secoue l’industrie : Bugatti passe sous le contrôle d’une co-entreprise dirigée par le jeune génie croate de l’électrique, Mate Rimac (associé à Porsche). On craignait que Bugatti devienne 100% électrique, perdant son âme mécanique. Il n’en est rien.
En juin 2024, Bugatti dévoile la remplaçante de la Chiron : la Bugatti Tourbillon.
Fidèle à l’horlogerie suisse dont elle tire son nom, elle refuse le tout-électrique pour un tout nouveau moteur thermique : un V16 atmosphérique de 8,3 litres, couplé à 3 moteurs électriques, pour une puissance totale de 1800 chevaux.
Son compteur de vitesse, entièrement analogique et fabriqué en titane et saphir par des horlogers suisses, est déjà une pièce de musée. Bugatti prouve qu’elle reste maître du temps et de la mécanique.



